Bâtir pour conserver

Ecrit par : Fatma Kobbi Boussetta

Dans une ère où la mondialisation prédomine, où le progrès et la technologie poussent à l’uniformité, il est important de faire valoir l’identité des peuples qui est à l’origine de la diversité culturelle. Cette identité nous renvoie à tout un substrat culturel fait de traditions, de pratiques et d’expressions ancestrales, en somme à un patrimoine vivant dit patrimoine immatériel. Il est vrai que ce legs n’est ni tangible, ni palpable. Toutefois, il n’en constitue pas moins un capital à préserver, à mettre en valeur et à transmettre aux générations futures. 

En se penchant de plus près sur la réflexion de sauvegarde, on remarque bien que nous savons préserver un outil, mais rarement le savoir qui en a donné naissance. Nous savons restaurer un bâtiment ancien mais nous oublions de jour en jour les mœurs et coutumes dont il était chargé. Les exemples sont désormais multiples, et chacun de nous a dû assister impuissant à la disparition d’une pratique, d’un savoir-faire, ou encore d’une habitude. Il est temps aujourd’hui de penser à garantir une certaine pérennité des formes du patrimoine immatériel. Encore, faut-il penser au meilleur moyen de sauvegarder un capital dont l’essence se trouve dans la recréation et le changement ? L’architecture, en tant que lieu de manifestation par excellence de ce patrimoine peut-elle alors constituer un véritable outil de sauvegarde et de mise en valeur ? 

En s’intéressant à la médina de Sfax, celle-ci dénotait autrefois d’un équilibre entre les espaces de production et les unités marchandes. Les magasins et les ateliers partageaient le même espace. Et même si l’on croyait que cette médina ressemble plus à un énorme souk qu’autre chose, l’artisanat en tant qu’activité génératrice de main d’œuvre y trouvait bien sa place. Aujourd’hui, un vrai danger guette le savoir-faire artisanal, c’est la machine. C’est parce que l’industrialisation donnant lieu par la suite à une « soukalisation » ont fait que le commerce a primé sur l’artisanat qui, à son tour, est devenu de moins en moins rentable. Par conséquent, L’intérêt que peut susciter alors un artisan à l’œuvre n’est plus de nos jours une richesse exploitable. 

A l’artisanat, s’ajoutent le culinaire et le festif représentant ainsi les trois axes principaux autour desquels s’exprime le patrimoine immatériel sfaxien. S’agissant non pas de produits mais de savoir-faire, de représentations et de manifestations, ces domaines d’expression se trouvent étroitement liés à l’urbain et à l’architecture. Cette dernière apparaît comme meilleur support pour une autobiographie culturelle qu’il importe d’écrire pour les générations futures.

Au-delà du rapport « contenant/contenu », l’architecture est  aussi signifiant et aboutissement de ce legs qui lui, est signifié et fondement. Il ressort de ce lien, une responsabilité qu’entreprend l’architecture face à un patrimoine de plus en plus en péril.  Et parce qu’il s’agit de donner en premier lieu les bases d’épanouissement de ce dernier, l’implantation d’un centre dédié au patrimoine immatériel sfaxien dans un bâtiment nouveau serait une vraie démarche pour la promotion de notre mémoire collective. Ce projet se veut un élément phare de la ville de Sfax, un objet matériel qui à la fois traverse le temps et marque son temps. Un lieu chargé d’histoire permettra  le développement du patrimoine dans un contexte d’ouverture ayant pour souci majeur, celui de le vulgariser auprès du grand public, le revitaliser et lui assurer un perpétuel renouvellement.